New York des écrivains

The City. Pour beaucoup d’entre nous la plus passionnante, phénoménale et délirante. Un voyage en soi. Architecture, musées, spectacles, quartiers, rues et avenues… Mais aussi hôtels, restaurants, moyens de transports. Un forum pour échanger nos rêves et nos connaissances à propos de la plus belles des villes.

New York des écrivains

Messagepar Amerigo » 20 Juin 2016, 10:48

La littérature sur New York est foisonnante : anglo-saxonne, afro-américaine, juive d'Europe de l'Est; littérature policière, roman noir, poésie, nouvelle, elle est avant tout contemporaine et américaine, accessoirement étrangère, avec Morand, Céline, Cendrars et quelques autres...

Un topic pour présenter quelques extraits d’œuvres présentant Big Apple !



Pour débuter le sujet, l'un des écrivains parmi les plus New Yorkais qui soit.

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Paul Auster

Né en 1947, diplômé de l'université de Columbia, il séjourne quatre ans en France, écrit des poèmes et traduit la poésie de Mallarmé. New York sert de décor à ses romans, Trilogie New Yorkaise (1986), Moon Palace (1989). Paul Auster vit àBrooklyn.

Brooklyn Bridge
Il y a bien des années que Bleu n'a pas traversé le pont de Brooklyn à pied. La dernière fois, c'était avec son père lorsqu'il était petit garçon, et le souvenir de ce jour lui revient. Il tenait la main de son père et avançait à son côté. Lorsqu'il entend la circulation qui passe sur la voie inférieure en acier, il se rappelle avoir dit à son père que le bruit ressemblait au bourdonnement d'un énorme essaim d'abeilles. Â sa gauche, il y a la statue de la Liberté; à sa droite, Manhattan avec ses bâtiments si hauts dans le ciel du matin qu'ils paraissent imaginaires. Son père était imbattable pour les faits et il racontait à Bleu l'histoire de tous les monuments et gratte-ciel, de longs chapelets de détails - les architectes, les dates, les intrigues politiques - et comment à une époque le pont de Brooklyn avait été la construction la plus haute des Etats-Unis. Son père est né l'année même où le pont a été achevé, et ce rapprochement reste toujours dans l'esprit de Bleu, comme si le pont était d'une certaine manière un monument à la mémoire de son père. Il avait aimé l'anecdote qu'il lui avait racontée ce jour où ils marchaient tous les deux sur les mêmes planches de bois qu'aujourd'hui en entrant chez eux, et, pour une quelconque raison, il ne l'avait jamais oubliée. C'était comment John Roebling, l'architecte du pont, avait eu le pied écrasé par le ferry-boat contre les pilotis de l'embarcadère, quelques jours à peine après avoir terminé ses plans. Roebling était mort de gangrène en moins de trois semaines. Il n'aurait pas dû mourir, poursuivi le père de Bleu, mais le seul traitement qu'il accepta fut l'hydrothérapie, et cela n'eut aucun résultat. Bleu avait été frappé par le fait qu'un homme qui avait passé sa vie à construire des ponts au-dessus de l'eau pour éviter aux gens de se mouiller puisse croire que le seul vrai remède consistait à s'immerger dans l'eau.
Paul Auster
Revenants in Trilogie New-Yorkaise
Traduction Christine Le Boeuf
Editions Actes Sud, 1988



Université Columbia
Quinn passa la matinée du lendemain avec le livre de Stillman à la bibliothèque de l'université Columbia. Arrivé tôt, il fut le premier à entrer lorsque les portes s'ouvrirent et le silence des couloirs le réconforta comme si on lui avait permis de pénétrer dans quelque crypte de l'oubli. Après avoir brandi sa carte d'ancien élève au préposé qui somnolait derrière le bureau, il alla chercher le livre dans les rayonnages, revint au deuxième étage dans un salon pour fumeurs et s'installa dans un fauteuil en cuir vert. Une radieuse matinée de mai le guettait dehors, tapie comme une tentation, un appel à errer sans but à l'air libre,mais Quinn n'y succomba pas. Tournant le fauteuil dans l'autre sens, il se plaça le dos à la fenêtre et il ouvrit le livre.
Paul Auster
Cité de Verre
Traduction Pierre Furlan
Editions Actes Sud, 1987
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Re: New York des écrivains

Messagepar Amerigo » 21 Juin 2016, 08:20

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Georges Simenon

Ecrivain belge d'expression française, Georges Simenon (1903-1989) est le "père" du Commissaire Maigret, figure bien connue des amateurs de romans policiers. Simenon est aussi l'auteur de romans, parmi lesquels "Trois Chambres à Manhattan" (1951) une histoire d'amour entre deux destins solitaires à Manhattan.


Ce dont Kay ne se doutait pas, non plus, c'est qu'il était maintenant huit heures du soir et qu'il marchait depuis midi, sauf le quart d'heure qu'il avait passé à manger un hot-dog à un comptoir. Il n'avait pas choisi la cafétéria. Cela n'avait pas d'importance.

Il avait traversé Greenwich Village en direction des docks, du pont de Brooklyn, et c'était la première fois qu'il avait traversé à pied cet immense pont de fer.

Il faisait froid. Il pleuvait à peine. Le ciel était bas, avec des nuages d'un gris épais. L'East River avait des vagues rageuses et des crêtes blanches, des remorqueurs sifflaient comme en colère, d'ignobles bateaux bruns, à fond plat, qui transportaient, comme des tramways, leur cargaison de passagers, suivaient une route invariable.

L'aurait-elle cru s'il lui avait dit qu'il était venu à pied jusqu'à l'aéroport? En s'arrêtant à peine deux ou trois fois dans des bars populaires, les épaules de son trench-coat mouillées, les mains toujours dans les poches, le chapeau détrempé, comme un homme de l'aventure.
Georges Simenon
Trois Chambres à Manhattan
Editions Les Presses de la Cité, 1951
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Re: New York des écrivains

Messagepar Amerigo » 22 Juin 2016, 14:56

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Paul Morand

Diplomate, écrivain français et grand voyageur, Paul Morand (1888-1976) est l'auteur de plusieurs essais sur les villes : Venise, Londres, New York. Itinéraire où se mêlent descriptions et impressions, analyses et sentiments, le New York de Paul Morand, publié en 1830, est le carnet d'un voyageur au style incisif et étincelant.

La Statue de la Liberté
Cette dame enceinte dans sa robe de chambre à plis de bronze, un bougeoir à la main, c'est la Liberté éclairant le Monde, de Bartholdi. Elle tourne légèrement son flambeau vers l'Europe, comme pour éclairer d'abord. Singulière fortune américaine que celle de ce Bartholdi, Alsacien, praticien glacial de l'atelier d'Ary Scheffer, médaille d'honneur des Salons... Sa statue est exilée en mer sur une petite île; a-t-on peur qu'elle mette le feu avec sa torche, en plein vent ?

D'en bas et de tout près, la figure verte et abstraite me terrifia. Je pénétrai sous ses jupes par des casemates de fort. Rien ne ressemble plus à cette Liberté qu'une prison. On m'éleva dans un monte-charge grillé, semblable à la cage du cardinal La Balue, jusqu'à un escalier en ressort à boudin. Sur la bobèche du flambeau, on pourrait faire une promenade circulaire; au premier plan, l'ancien Fort Wood, sur lequel le monument a été posé, dessine une étoile.

Une rampe de projecteurs en accuse les contours, les nuits de fête nationale. Dans la tête de la Liberté, qui est vide, des sociétés philanthropiques donnent des banquets.
Paul Morand
New York
Editions Flammarion, 1988


Le Brooklyn Bridge
Pont de Brooklyn, de Manhattan, de Williamsburg et de Queensboro... Il est difficile de parler du pont de Brooklyn, le plus ancien de ceux de Manhattan, sans succomber à un accès de lyrisme. J'aime à y accéder à pied, à la tombée de la nuit, après en avoir suivi les butées, le long de Lower Madison Street, en bas de ces culées immenses, de ces maçonneries aveugles pareilles aux aqueducs de la campagne romaine. Cette arche unique emporte sur son dos, dans son filet de fer, quatre chaussées, deux pour les autos et deux pour les camions. Ces rues aériennes sont séparées par une double voie ferrée, où circulent les trains et des tramways. Par-dessus le tout s'élance, en plein ciel, une large route pour piétons. Brooklyn Bridge a aussi sa beauté intérieure : c'est son rythme de trémolo, c'est sa flexibilité dans la force; tout le trafic de New York y passe, le matin ou le soir, et le fait vibrer comme une lyre. Un pont n'est qu'un cadre vide. Certains gâtent les paysages, les bouchent, les scalpent; d'autres, comme celui-ci, les rend à eux-mêmes; il commande la perspective et fixe d'une touche profonde et noire la brume indécise des lointains noyés dans l'ombre, entre ses filets d'acier. Il faut plusieurs mois pour comprendre la grandeur délayée d'humidité de Londres; il faut plusieurs semaines pour subir le charme sec de Paris, mais faites-vous mener au centre de Brooklyn Bridge, au crépuscule et, en quinze secondes, vous aurez compris New York.
Paul Morand
New York
Editions Flammarion,1988



Le Financial District
Le bas Broadway, où nous voici, déverse trois fois par jour son flot dans les réservoirs carrés que sont les gratte-ciel, où les ascenseurs classent cette matière humaine que lui ont apportée les tramways ou les métros et la répartissent par étages. Broadway, c'est la voie triomphale par où rentrent les armées et les généraux victorieux, où paradent les groupes prohibitionnistes, les Loges maçonniques et ces sociétés d'assurances mutuelles, si nombreuses en Amérique, qui portent des noms d'animaux sauvages et déguisent leurs membres de défroques théâtrales. Le canyon du bas Broadway a ce bruit spécial des rues à gratte-ciel qui sont plus creuses, plus chantantes que les autres et dont la couleur aussi est différente, traversée par un jour avare où des faisceaux de soleil brisés pénètrent avec peine la poussière suspendue dans l'air. Ces falaises droites comme des cris, rejetées en arrière par une perspective outrée, doit-on les appeler des maisons? Elles ne grattent pas le ciel, elles le défoncent. Dès que l'on pénètre entre elles ils semble que les perpendiculaires, de plus en plus serrées, se plissent en accordéon, que les parallèles descendent vertigineusement et finissent par se souder.
C'est le quartier des grandes Compagnies de navigation et de assurances. Les dix pieds carrés valent ici le prix d'un château au bord de la Loire.

Paul Morand
New York
Editions Flammarion, 1988



le Woolworth Building
Un nouvel arrêt au coin de Fulton Street permet d'embrasser dans toute sa hauteur celui qui fut si longtemps le roi des gratte-ciel new-yorkais, le Woolworth Building et sa tour gothique. Le Woolworth est une sorte de cathédrale pour gens d'affaire, avec soixante étages de bureaux. Il date de l'époque où des Américains avaient honte de leurs constructions et s'efforçaient de les cacher sous des revêtements compliqués et sous des allusions aux époques anciennes. Â ce titre, il est d'un style de transition. Construite par le roi des bazars, cette tour Eiffel de New York est la joie des étrangers et des provinciaux; dès que nous avons pénétré dans le hall de marbre et de granit poli, de jeunes amazones en livrée amarante ouvrent la porte en cuivre lisse d'un coffre-fort qui se trouve être un des vingt-huit ascenseurs. Ce chemin de fer vertical, en moins d'une minute, me dépose au cinquante-sixième étage; New-York apparaît ici comme cette ville miniature que le roi de Siam s'amusait à édifier au centre de ses jardins. Aveuglé par l'Atlantique ensoleillé, je me trouve en plein ciel, à une hauteur telle qu'il me semble que je devrais voir l'Europe; le vent me gifle, s'acharne sur mes vêtements; près de moi des amoureux s'embrassent, des Japonais rient, des Allemands achètent des vues; comment écrire de si haut cette métropole en réduction : c'est de la topographie, de la triangulation, non de la littérature. Devant moi se déroule la rivière de l'Est enjambée par les ponts d'une souplesse métallique, qui retombent dans l'immensité informe de Brooklyn. En bas, ces surfaces planes, ces damiers ne sont pas les rues mais les terrasses des plus hautes maisons, surmontées de tours pareilles à des contre-marches, vrais paliers où souvent se reposent les nuages; les cheminées sont remplacées par les réservoirs à eau que, dans les gratte-ciel les plus récents, des coupoles dissimulent. Fumées, vapeurs, couronnent chaque sommet, plume au cimier d'un casque.
Paul Morand
New York
Editions Flammarion, 1988


Washington Square
Au sortir du Village, je me trouve tout à coup sur une place lumineuse et, bien que limitée maintenant à l'ouest par de récentes architectures, encadrant avec régularité un ciel nacré d'un mouvement admirable. Elle est bordée d'une rangée de maisons rouges - de ce rouge qui est comme un dernier souvenir de la Hollande - maisons de vieux style américain, plein de tenue et de noblesse: c'est Washington Square, avec ses arbres maigres et ses lignes sèches qui font penser aux premiers Corot, d'avant l'Italie; ici (comme d'ailleurs presque partout à New York), rien de ce que les ateliers nomment "beurré", ou encore "traité en pleine pâte"; tout est sec, épuré. Washington Square, centre de l'aristocratie knickerbockers des années 1840, décor des plus célèbres pages d'Henri James, des meilleures pochades d'O'Henry, des pages les plus tendres d'Edith Wharton, Washington Square d'où s'élance, radieuse et royale, sans une hésitation, à travers le cerveau de Washington Arch, la Cinquième Avenue comme une belle tulipe!
Paul Morand
NewYork
Editions Flammarion, 1988


Central Park
Central Park, le bois de Boulogne de New York, ignore ce que Mme de Sévigné nommait : des aimables allées; c'est un terrain vague, vallonné, couvert d'un gazon jaune, avec des arbres rares et maigres, comme effeuillés par les obus, sans fleurs ni massifs, où émergent des rocs d'un rouge violacé. Tel quel, bien situé au centre de la ville - de cette ville trop compacte, qui jusqu'ici n'avait pas su se ménager les vides harmonieux et les masses de verdure qu'on trouve dans les capitales européennes - Central Park est un lac intérieur d'oxygène et de lumière. Ménagerie, maison des singes, bateaux d'enfants, tout ce que les Tuileries furent pour nous, Central Park l'est pour les jeunes New-Yorkais. Il faut le voir l'hiver avec son herbe de prairie, les ours de sa petite ménagerie, pareils à des jouets, les nez bleus des bambins à cheval sur leur poney, les patinoires luisantes où tournent en rond, comme chez les petits maîtres hollandais, des enfants aux vives couleurs; il faut le parcourir les nuits d'été, quand les foules épuisées, grisées de chaleur, suffoquant dans les rues étroites, viennent y attendre l'aube et sa fraîcheur tandis que les pompiers lavent de leurs lances les gamins nus.

Paul Morand
New York
Editions Flamarion, 1988


Park Avenue
Je débouche dans Park Avenue à la hauteur de la gare du Great Central. Ce que la Cinquième Avenue n'est plus, un lieu de résidences aristocratiques, Parc Avenue, depuis dix ans, l'est devenu.
Nous n'entrons plus cette fois dans la gare du Grand Central, nous contentant d'admirer, avec du recul, sa coupole verte et or, et l'enroulement à hauteur du premier étage de l'avenue elle-même qui, par une pente à double révolution, la ceinture et va se reformer au-delà. Le gratte-ciel, hier réservé au commerce, est maintenant le type courant de la maison à appartements : ainsi la Tour du Ritz, le Dorset, le Sheldon, le Drake, le Savoy, et le Sherry. Et pas de Juifs! s'écrie le peuple égalitaire. Â mesure que l'Europe abat ses barrières sociales, l'Amérique élève les siennes. Les préjugés de race s'accroissent d'année en année, bien que les Américains aiment peu à s'expliquer là-dessus et que la presse n'en souffle mot; des clubs, qui n'ont rien de particulièrement fermés, des clubs de golf par exemple, n'acceptent pas de membres israélites. Des immeubles achetés par des juifs déclassent un quartier. Â cet égard, l'Association de Park Avenue est plus sévère que le Jockey; elle s'efforce en outre d'éloigner les tramways, dissuade les théâtres de s'approcher, refuse tout accès au commerce de détail.
Paul Morand
New York
Editions Flammarion, 1988
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Re: New York des écrivains

Messagepar Amerigo » 23 Juin 2016, 10:39

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Truman Capote

Romancier américain né à la Nouvelle Orléans, Truman Capote (1924-1984) incarne une littérature néo-romantique du Sud. Petit Déjeuner chez Tiffany (1958), qui a pour décor New York, est l'histoire pleine d'humour de Holly Golighty, jeune femme imprévisible et charmante dont le narrateur est amoureux.

Le Brooklyn Bridge
Souvent lorsqu'il était absent (j'éprouvais maintenant de l'hostilité à son égard et j'employais rarement son nom), nous passions ensemble des soirées entières au cours desquelles nous n'échangions pas cent paroles. Une fois nous allâmes à pied jusqu'au quartier chinois. Nous nous offrîmes un souper chow-mein, achetâmes quelques lanternes de papier et volâmes une boîte de bâtonnets de prière. Puis nous déambulâmes vers le pont de Brooklyn. Sur le pont, comme nous guettions les navires qui gagnaient la mer entre les falaises d'un couchant embrasé, elle dit : "Dans des années à partir de maintenant, des années et des années, un de ces navires me ramènera, moi et mes neuf gosses brésiliens. Parce que, oui, parce qu'il faut qu'ils voient cela, ces lumières, cette rivière. J'aime New York, bien que ce ne soit pas à moi dans le sens où les choses vous appartiennent: un arbre, une rue, une maison. Mais quand même quelque chose là m'appartient parce que je lui appartiens."

Je dis : "Oh, la ferme! " parce que je me sentais abandonné, un remorqueur en cale sèche, tandis qu'elle, brillante voyageuse, en route vers une destination assurée, voguait le long du port parmi les roulades des sifflets et les confetti.

Ainsi ces jours, ces derniers jours errent dans ma mémoire; brumeux, automnaux, se ressemblant comme des feuilles, jusqu'à ce jour qui ne ressembla à aucun de ceux que j'eusse vécus.


Truman Capote
Petit Déjeuner chez Tiffany
Traduction Germaine Beaumont
Edition Gallimard, 1962s
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Re: New York des écrivains

Messagepar Amerigo » 02 Juil 2016, 17:30

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Mary Higgins Clark

Mary Higgins Clark, dont la plupart des romans se situent à New York, vit aujourd'hui dans le New Jersey. Auteur de nombreux romans policiers et grand-maître du suspense, elle a obtenu en 1980 le Grand Prix de la Littérature Policière pour son roman La Nuit du Renard. La gare de Grand Central, à New York, où sévit un maître chanteur déséquilibré sert de toile de fond à ce thriller.

Grand Central Station
La limousine s'arrêta sur Vanderbilt Avenue, devant Grand Central Station. Bradley Robertson secoua la tête. "Vous êtes trop jeune pour vous en souvenir, Steve, mais dans les années 30, Grand Central était la plaque tournante de tous les transports de ce pays, il y avait même un feuilleton à la radio..." Il ferma les yeux. "Grand Central station, carrefour d'un million de vies privées, c'était le slogan."
Steve rit. " Et vint ensuite l'âge du jet. " Il ouvrit la porte. "Merci de m'avoir déposé."
Sortant sa carte d'abonnement, il traversa rapidement la gare. Il avait cinq minutes avant le départ du train et voulait téléphoner chez lui pour prévenir Sharon qu'il prenait bien le train de dix-neuf heures trente. Il eut un geste de lassitude. "Ne te raconte pas d'histoires, pensa-t-il. Tu as simplement envie de lui parler, de t'assurer qu'elle n'a pas changé d'avis et qu'elle est bien là." Il entra dans une cabine téléphonique. Il n'avait pas assez de monnaie et appela en P.C.V.
Le téléphone sonna une fois... deux... trois fois.
La téléphoniste intervint. "Je fais votre numéro, mais ça ne répond pas.
- Il y a sûrement quelqu'un. Essayez encore, s'il vous plaît.
- Bien, monsieur."
La sonnerie continua, harcelante. Â la cinquième fois, la téléphoniste revint en ligne. " Ca ne répond toujours pas, monsieur. Voulez-vous rappeler plus tard ? ".
Mary Higgings Clark
La nuit du Renard
Traduction Anne Damour
Editions Albin Michel, 1979
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Re: New York des écrivains

Messagepar Amerigo » 21 Juil 2016, 10:06

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James Baldwin

Fils d'un pasteur noir, James Baldwin (1923-1986) prêcha lui-même pendant son adolescence à Harlem. Harlem Quartet (1978) est le récit de quatre adolescents dont il reconstruit l'histoire trente ans après. James Baldwin vécut de nombreuses années à Paris. Il est mort à Saint-Paul-de-Vence en 1986.


L'église de Julia était alors située dans une maison délabrée, à l'angle de la 129e Rue et Park Avenue, à l'ombre des rails du chemin de fer central aérien de New York, et un train traversa avec un rugissement le chant d'Arthur.

Quand dans le noir
J'avance à tâtons
La foi voit toujours au fond
Une étoile d'espoir
Et bientôt je serai délivré
De tout le chagrin de la vie
Et de ses dangers
Un jour.

Un chant bien grave pour une si petite silhouette. Je me rappelle qu'il portait un costume bleu marine, une chemise blanche, un noeud papillon et des souliers noirs pointus bien cirés, et des tas de crans dans ses cheveux. Une coiffure très adulte aussi pour un garçon de cet âge, mais c'était la mode dictée par ses pairs et personne ne savait sous quel prétexte le dissuader de se coiffer ainsi. D'ailleurs, notre père Paul, solide et attentif au piano, était coiffé à la mode de ses pairs à lui : cheveux aplatis à mort à la gomina au point d'en paraître raides.

Mais je ne sais pas
Le temps qu'il faudra
Ou ce que l'Avenir
Me réservera
Mais ce que je sais
C'est que si Jésus
Me guide
Je rentrerai chez moi
Un jour.


James Baldwin
Harlem Quartet
Traduction Christiane Besse
Editions Stock, 1991
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Re: New York des écrivains

Messagepar Amerigo » 22 Juil 2016, 16:00

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Jérôme Charyn

Né en 1937 dans le Bronx, auteur d'une quinzaine de romans, Jérôme Charyn enseigne la littérature à l'université de Princeton. "Poisson chat", sélectionné parmi les meilleurs ouvrages de 1979 par le New York Times Books est le récit de l'enfance de l'écrivain dans le Bronx.

Le Bronx
Nous avions quitté l'enclave en 1943 pour les paysages Arts déco, plus civilisés, des quartiers ouest du Bronx. Nous nous installâmes sur Sheridan Avenue, une rue à l'est du Grand Carrefour, cette mecque de la petite bourgeoisie juive d'origine allemande ou russe, avec ses grandes cours intérieures, ses caisses d'épargne, se synagogues aux vitraux teintés (on les appelait des " temples ", au Grand Carrefour) et ses petits parc ornés de statuettes de pierre. Mon père n'était plus dans son élément. Les punaises qui dégoulinaient des murs souillaient les oreillers, les draps et les pieds des meubles du sang qu'elles nous volaient. L'école pour le moins était une calamité, incapable que j'étais de suivre les agressifs et futés marmots du quartier. Mes professeurs menaçaient de me faire redoubler indéfiniment ma dixième, à moins que mon cerveau ne finisse par absorber un peu de l'intelligence ambiante. Mon frère s'était inscrit chez les scouts. Nous vîmes passer Franklin Delano Roosevelt, dans une parade motorisée. Nous redéménageâmes à Crotona Park. Le Grand Carrefour m'avait corrompu. J'avais la tête pleine de bribes de savoir qui auraient dû demeurer étrangères à un gosse du Bronx. Les petits pantins de Crotonna Park me fixaient d'un solennel et ignare regard de défi, derrière leurs encriers, lorsque je me mettais à jacasser sur Ferdinand de Magellan, la bataille de Waterloo ou les cruels calculs d'intérêts composés dont m'avaient saoulé, dans le Bronx, des élèves de dixième et de neuvième qui avaient déjà leur petit compte en banque. Chouchouté par des professeurs qui voyaient en moi un enfant prodige tombé dans leurs bras tout droit des cieux étrangers, j'étais détesté par le reste de la classe.


Jerôme Charyn
Poisson-Chat. Une année romancée
Editions du Seuil, 1982
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Re: New York des écrivains

Messagepar Amerigo » 10 Sep 2016, 13:07

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Djuna Barnes

Le milieu de la bohème littéraire et artistique de Greenwich Village, où Djuna Barnes (1892-1982) vécut dès 1915, lui servit d'inspiration. "Fumée" est un recueil de quatorze contes écrits entre 1914 et 1916 pour des journaux de New York. Barnes écrivit aussi des pièces d'avant-garde pour le Provincetown Player. A la fin de la première guerre mondiale, elle se rend à Paris et écrit son roman "Le Bois de la Nuit" (1936), qui lui vaut une renommée internationale.


Ces deux-là vivaient dans une petite mansarde lugubre, bien au-dessus de toutes les maisons tristes de la minable ruelle. Le bâtiment avait été jadis une sorte d'église ou de lieu de dévotion, mais on en avait, depuis fort longtemps, fait des chambres et il abritait maintenant une chanteuse, un professeur de violon et quelques artistes sur les genoux.
Il n'y avait jamais de serrures à la porte d'entrée, que l'on atteignait par trois marches branlantes. Deux ou trois boîtes aux lettres en fer s'agrippaient aux murs et, durant l'hiver, quand le vent hurlait le plus fort et que la neige leur interdisait les bancs du parc, toutes sortes de clochards et de vagabonds se glissaient à l'intérieur et dormaient le long des murs, près des marches sèches de l'escalier.
Autrefois, leur mansarde avait été, comme en témoignaient ses lignes élancées et la solidité de ses boiseries, pleine de dignité et presque élégante. Ses fenêtres et l'architecture de son toit parlaient d'un passé qui était loin d'avoir été médiocre. Elle était maintenant comme une femme qui a perdu fortune, estime et distinction, perdu tous ses admirateurs mais pas tout à fait sa beauté et qui passe le reste de ses jours dans cette bizarre combinaison de vêtements qui vont si étrangement les uns avec les autres : un jupon de soie enrubanné caché sous un peignoir de calicot, un bas déchiré glissé dans une petite mule d'un style ravissant, une bouche bien fournie qui se referme sur de simples miettes. Telle était la pièce vers laquelle, le soir venu, grimpaient Pilaat et sa petite épouse.

Djuna Barnes
Fumée
Traduction Claude Blanc
Editions Flammarion, 1986
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