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Drive-in ou «  Drive-thru »
Par André Girod

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De 1959 à nos jours, soit sur cinquante ans d’histoire contemporaine, le monde a connu de remarquables changements. Jamais aucune époque de l’humanité n’a vu de tels bouleversements  en si peu de temps.
Dans chaque pays, les transformations sociales, urbaines, économiques ont modifié la vie quotidienne des gens, leur apportant soit bonheur soit inquiétude. Entre la France et les Etats-Unis existait, il y a un demi siècle, un océan de différences tant technologiques que culturelles. Mais le fossé s’est comblé, la communication s’est accélérée et l’échange d’idées ou d’innovations a apporté chez l’un et l’autre pays, une uniformisation sans précédent. Ce qui se passe aux Etats-Unis a lieu en France et vice versa. Le système informatique a soudé, non seulement nos pays, mais toute la planète dans un réseau instantané.

 

Mais ce qui est bon pour l’Amérique n’est pas forcément valable pour la France. Le contraire peut aussi s’appliquer : what’s good for France may not be for America.  Je peux penser aux acquis sociaux, aux congés payés ou à la sécurité sociale, avancées si chères ( dans tous les sens du mot) à la France.

 

Or il existe une innovation américaine  qui n’a véritablement jamais pris en France : le «  drive-in » ! Cette expression, pourtant comme bien d’autres anglo-saxonnes, a été introduite dans notre langue courante et certains journalistes se gargarisent avec ces américanismes qu’ils mettent au goût du jour, histoire de pimenter leurs discussions souvent insipides !

 

«  Drive-in » est composé de deux mots : drive qui veut dire conduire une voiture et in qui traduit l’idée de pénétration (je devrais faire attention au choix de mon vocabulaire !).  Alors pour me sortir de ce guêpier, je parle du terme « entrer, être dedans, à l’intérieur ». J’arrête parce que je sens que je m’enfonce !!

 

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En tout cas «  drive-in » c’est l’idée d’entrer quelque part avec une voiture. Compliqué le français quand l’anglais est si simple : «  drive » indique le moyen et «  in » montre la direction.

 

A mon arrivée, par rapport à l’état économique de la France à cette époque, il me sembla que l’Américain était né au volant d’une voiture ou qu’une voiture avait été greffée autour de sa taille. Il ne pouvait s’en passer et c’était son unique moyen de locomotion dans une ville comme Appleton. Il allait partout «  in his car » ! Il faut dire que l’urbanisation avait été créée pour rendre plus facile l’utilisation de la voiture : rues et avenues larges et droites, parkings immenses, garages dans toutes les maisons, même les plus modestes, circulation bien synchronisée et réglementée qui empêchait les bouchons. Développement du système d’autoroutes et déclin incroyable du chemin de fer, ce dernier étant victime de l’expansion du premier.


Or une des inventions américaines de l’époque a été le «  Drive-in ». Encore assez peu répandu, le " Drive-in "  était surtout visible dans deux endroits : le cinéma et le restaurant.

 

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Je fus donc surpris la première fois, quelques jours après mon installation à Appleton, d’être invité par des connaissances à aller dans un «  Drive-in restaurant ». J’avoue que j’ignorais totalement ce que c’était. Donc nous voilà partis en groupe, à cinq dans la bagnole, vers une sortie de la ville. Clignotant à gauche et la voiture pénètre dans une sorte de cour avec partout des auvents et des espèces de haut-parleur. Le conducteur manœuvra son véhicule de façon à ce qu’il colle à l’appareil. Il coupa le moteur et demanda à la ronde ce que nous voulions manger. Tous savaient ce qu’ils voulaient sauf le petit «  Frenchie » qui avait l’impression d’être sur une planète lointaine. Comme personne ne sortait de la voiture, je me suis dit qu’ils allaient  « bouffer dans la bagnole"( je venais de Ménilmontant !). Tous me regardaient comme si j’avais été le paysan de service, le cousin qui avait quitté ses vaches, je les regardais moi aussi interloqué. Enfin l’un d’eux me dit que c’était un «  Drive-in » et qu’on commandait ici de notre fenêtre grâce au micro. En effet une voix féminine sortit de la boite : «  What’s for you ? » En gros, elle demandait ce que l’on commandait. Très vite, puisque le temps était compté, l’un d’eux me dit : «  Prends comme moi ! ». J’acquiesçai, ne sachant  ce qu’il allait avoir. Surprise du chef ! J’étais un aventurier jusqu’au bout des ongles !

 

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Dix minutes plus tard, une charmante fille, très court vêtue, un bonnet orange sur la tête, s’avança vers nous, un lourd plateau chargé de boites en plastique. Le chauffeur abaissa sa fenêtre et la serveuse, par une attache astucieuse sous le plateau, accrocha le tout à la portière. La distribution fut rapide, chacun recevant son dû. Délicatement, j’ouvris  le papier qui entourait ma nourriture et découvrit avec effroi un tas immonde de viande, largement abreuvé de sauce rouge et blanche entre deux tranches de pain. Et ça coulait de partout ! Puis dans un verre en plastique, une boisson qui ressemblait à de la bière : c’était de la «  Root Beer » qui avait un goût infect. Alors en chœur, avec parfois une plaisanterie grivoise, on mâchonna tant bien que mal notre «  hamburger ». J’avais d’un coup appris à connaître trois aspects de l’Amérique : le «  drive-in », le « fast food » et la «  root beer ». C’en était trop ! Je méritais un «  break » dans mon exploration de «  prime time » !

 

Alors pour me remettre de mes émotions, le surlendemain, je fus invité par une jolie fille à aller au cinéma. Pendant près de trois mois, en attendant mes premiers salaires, je n’avais pas de voiture. Je l’attendis donc dans le hall du YMCA. Elle apparut au volant d’une grosse voiture, genre fourgon mortuaire. Je m'installai et elle démarra vers la banlieue puis la campagne. Je fus étonné, m’attendant à aller à pied au cinéma que j’avais repéré à quelques pâtés de maisons de l’auberge de jeunesse. Nous roulâmes quelque cinq kilomètres pour parvenir à une sorte d’entrée de ranch : une grosse poutre soutenue par deux autres. A l’entrée, un guichet. Ma compagne régla deux places puisque nous étions deux et alla s’installer à une rangée du fond près d’un pieu qui supportait un haut-parleur. Même type que dans le resto. Je me demandai ce qu’elle allait commander dans cet immense théâtre en plein air. Mais je vis qu’elle avait le capot face à un gigantesque écran. Tout autour de nous, se rangeaient d’autres véhicules avec des jeunes, à deux, quatre, même six par voiture ou des familles, les parents devant, les mômes derrière. Tous avaient le même geste : ils décrochaient le haut-parleur et le coinçaient au bord de la vitre, à l’intérieur de la voiture. Sur le côté de la boite, un bouton qui, me sourit la jeune fille, réglait le son.

 

Puis l’écran s’illumina de géants : le film commençait. Le son sortait du haut-parleur et bien calé sur mon siège, je m’apprêtais à suivre l’aventure qui se déroulait là-bas au fond. Mais c’était peu connaître la nature des «  Drive-in movies ». Et très vite, je m’aperçus que beaucoup allaient manquer une grande partie du film de Cow-boys. Dans les voitures à proximité de la nôtre, les têtes avaient disparu et parfois apparaissait un pied en l’air. Comme je n’étais pas né de la dernière pluie du matin, je compris bien vite que le ciné en plein air n’était qu’un vaste lunapar où se retrouvaient les étudiants.

 

J’arrête là mon récit pour ne pas avoir à dévoiler la suite de ma soirée. ( C'est peut être sur Wikileaks!)

 

drive_in_5_310Partout aux Etats-Unis, les «  drive-in movies » se développaient et remplaçaient dans les campagnes, les salles de cinéma. Le premier apparut à Camden, dans le New Jersey en 1932. C’était l’idée d’un certain Richard Hollongshead, entrepreneur qui, un soir accrocha un écran à un arbre et invita ses voisins à venir voir un film. Le projecteur était installé sur le capot de sa voiture.  Il prit un brevet pour le principe le 16 mai 1933. Alors comme c’est toujours  le cas aux Etats-Unis, une bonne idée se répand à la vitesse d’un incendie de forêt. Partout des champs se transformaient en cinéma en plein air : un grand écran 12 mètres sur 15, des haut-parleur qui devinrent vite des speakers individuels que chacun accrochait à sa vitre. En 1959, la popularité de ce genre d’attraction était immense pour plusieurs raisons. D’abord une famille, avec un enfant en bas âge, pouvait y venir car le petit dans son couffin, dormait derrière. Pas besoin de "baby sitter" ( encore une expression américaine) et l’enfant sommeillait tranquillement. D’autre part les jeunes couples pouvaient batifoler en toute quiétude. D’ailleurs vers la fin des années cinquante, la presse appelait ces endroits qui devenaient mal famés, les «  passion pits » ( Fosses à passion).

 

Mais avec l’arrivée des magnétophones,  de la télévision et la mixité au niveau des universités où les dortoirs s’ouvraient à tous, il n’était plus nécessaire d’aller au «  drive-in movie ». Vers 1970, il en était fait de ce divertissement et les terrains se transformèrent en centres commerciaux. Des 4000 qui fonctionnaient, il n’en reste plus qu’une poignée que des spectateurs nostalgiques essaient de ressusciter.

 

Par contre un autre concept se développa dans les restaurants surtout les «  fast food » comme Mc Do : c’est le «  drive through » abrévié en «  drive-thru ». La différence est que dans le «  drive-in » une serveuse comme je l’ai indiqué plus haut, prend votre commande par l’intermédiaire d’un micro, puis vous l’apporte. Vous mangez dans votre voiture. Un fois le repas (sic) terminé, elle vient récupérer le plateau. Par contre le drive-thru a remplacé le drive-in. Vous commandez à l’entrée de l’allée et en passant devant un guichet, vous prenez votre commande et vous évacuez les lieux pour manger ailleurs ou chez vous ou quand il fait beau, sur un banc. Cette façon de prendre un plat est devenue de loin la plus répandue. Le matin, une queue de conducteurs attendent de recevoir leur tasse de café. Ils le consomment tout en conduisant ce qui est aussi dangereux que de téléphoner. Car acheter une tasse de café présente de gros problèmes. Et l’histoire de Stella Liebeck en est un exemple et a causé un scandale aux Etats-Unis !

 

Notre brave Stella était une petite dame retraitée de 79 ans qui aimait bien le matin, aller s’acheter une tasse de café dans un «  drive-thru McDo ». Son petit-fils avait eu la gentillesse de l’emmener. Une fois le café servi ( température conseillée par McDo à ses franchisés :  82 degrés), elle coinça la tasse entre ses cuisses pour ôter le couvercle. Patatras, elle renversa la tasse et fut brûlée aux cuisses, fesses et pelvis. Elle resta à l’hôpital une semaine et dut subir des greffes. Au cours d’un procès retentissant en août 1994, Mc Donald fut condamné à verser une compensation de 2,8 millions de dollars. La chaine fit appel et en fin de compte, il y eut un règlement entre les deux parties pour une somme avoisinant les 600 000 dollars. La controverse démontra que les jurés populaires n’avaient aucune notion d’une justice sereine.  Et de nombreuses voix s’élevèrent contre ces jugements fantaisistes.

 

J’avais suivi le procès avec beaucoup d’intérêt puisque nous avions comme clients des enfants et la moindre négligence aurait pu nous coûter cher. Heureusement ce ne fut pas le cas.

 

Puis l’idée des «  drive-in » ou «  drive-thru » s’étendit à tous les commerces : banques,, pharmacie, bureau de poste ( très utile !), bibiothèques et enfin pompes funèbres : le corps est exposé dans une vitrine et les voitures défilent lentement !

 

Mais une note plus agréable, elle s’est aussi installée à Las Vegas pour des mariages dans des «  drive- thru-chapels ». Puisque je me suis marié à Las Vegas, je me suis contenté d’une courte cérémonie à la mairie vers 2 heures du matin ! En effet il y a un bureau des mariages ouvert 24 heures sur 24 et toute l’année ! Que c’est grandiose l’Amérique !

 

Ce principe de régler ses affaires en voiture n’a jamais pris en France. On doit stationner et aller à pied. Peut-être que ces démarches ont-elles un impact sur l’obésité, moindre en France qu’aux Etats-Unis ? C’est une simple question.

André Girod
 
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