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Presse française vs presse américaine
Par André Girod 

 

Depuis l’affaire DSK, une question taraude l’opinion française : les journalistes ont-ils vraiment fait un travail d’investigation sur DSK? qui aurait pu prévenir de ce « coup de tonnerre » ? Y a-t-il complicité entre la presse souvent aux ordres du pouvoir politique et ceux qui tiennent le haut du pavé, de façon à effacer toutes les aspérités qui pourraient compromettre leur réputation ? En fait-on en France des icones d’exemplarité au détriment de la vérité et du véritable caractère de ces personnages notoires ?

Quelle barrière s’est-on imposée entre vie privée et vie publique, dissociant d’une façon souvent scandaleuse l’une de l’autre comme l’a montré à la fin de sa vie un François Mitterand ?
La presse et les proches au courant de l’entretien d’une maîtresse sur des fonds publics n’ont pas voulu émouvoir l’opinion française et ont fait preuve d’une réserve inexplicable aux yeux des Anglo-Saxons ! Mon exemple personnel avec Mitterand en 1968 aux Etats-Unis où je lui servis d’interprète, montre bien la différence entre l’information réelle et la vie privée. Il fut présenté dans mon université comme invité d’honneur pour des conférences, accompagné d’une petite « nièce » de vingt ans environ mais avec qui, insista-t-il, il devait partager une chambre puisqu’il était invité chez l’habitant. Dans cette région, l’Iowa, très puritaine, les officiels furent un peu choqués MAIS fermèrent les yeux puisque cela semblait être une tradition française de voir les hommes politiques accompagnés de leur maîtresse ! Rien ne filtra dans la presse locale, juste un clin d’œil d’un journaliste qui « comprenait les mœurs des Français » ! S’ il y a eu une très grave polémique relatée par les journaux, ce fut la dispute plutôt violente entre Mitterand et moi-même, au cours d’une émission de télévision, portant sur le véritable personnage et son parcours politique pendant la guerre et après, surtout son rôle pendant la guerre d’Algérie.

 

Et nous mettons le doigt sur cette différence entre les deux systèmes d’informations.

Les deux articles qui suivent n’auraient jamais eu le droit de paraître en France car ils tombent dans la démesure, l’outrance et l’outrage, même dans l’injure raciste et une discrimination inacceptable à la pudeur des autorités.

Rien que les titres font froid dans le dos :

Le premier : « New York pourri par les étrangers »

Le second : « Sexiste DSK avait la France dans son pantalon »

 

 

 

New York Post

NY now foreign 'soiled'

by Andrea Peyser

Enough is enough. Get rid of the creeps!

From fall to summer, they arrive on our shores. The decadent. The depraved. The malodorous, greedy, drunk and demented.

They are scofflaws and alleged rapists. Petty criminals and those who commit crimes of passion, opportunity or sheer boredom. They have one thing in common. They are foreign nationals.

What is it about this city that attracts egotistical scum unfit to lick one's shoe? People who have no respect for decent American values?

Long before International Monetary Fund chief and Husband of the Century Dominique Strauss-Kahn, 62, allegedly sexually assaulted a maid of 32 who accuses him of sodomizing her in his deluxe, $3,000-a-night hotel suite, this city was a safe haven for well-heeled lowlifes.

 

Many are protected by that scourge of the city, diplomatic immunity -- a license to steal, or even maim. But as Strauss-Kahn taught us, immunity isn't necessary if you have a friendly nation to run to. When caught at JFK Airport, Strauss-Kahn was minutes from taking off for France, whose citizens would sooner eat yellow mustard than force a miscreant to face American justice.

 

New York pourri par les étrangers

"Cela suffit ! Débarrassons-nous de ces sangsues !

Sur nos rives arrivent les décadents, les dépravés, les malodorants, les ivrognes, les rapaces, les déments, les salopards, les violeurs présumés ( admirons l’adjectif ajouté du bout de la plume !), les délinquants …. Ils ont tous quelque chose en commun : ils sont étrangers !"

 

Mais Andrea Peyser oublie que c’est la lie du monde qui créa l’Amérique au début de l’émigration. Les violeurs, les tueurs, les truands, les baroudeurs, tous ceux qui fuyaient les lois de l’Europe trouvaient refuge aux Etats-Unis. La statue de la Liberté indique bien que tous les « wretched », les misérables étaient la bienvenue sur les rives de l’Hudson.

 

Puis elle parle de la différence entre la jeune Amérique, belle, prospère, vertueuse et la France décadente et lâche !

 

Elle met sur le tapis la position de la France devant la guerre en Irak, déjà fort critiquée en Amérique à l’époque.

Elle s’attaque à une femme française, Sophie de Menthon qui dit que le crime de DSK n’était qu’un incident mineur, indigne d’avoir été mentionné dans la presse. Sacré crêpage de chignons en perspective quand la Sophie et l’Andrea se rencontreront à New York !

 

Sexist DSK had France in his pants

Andrea Peyser

Dominique Strauss-Kahn did not act alone. Throughout France, hands are as dirty as those of a chambermaid tasked with scrubbing a $3,000 Sofitel suite.

The upstairs-downstairs saga of the Big Shot who allegedly sexually brutalized the maid did not hatch out of the ether. It is as if the majority of the citizens of France -- locked into 1950s-style notions of sexism, misogyny and racism -- was complicit in the horrific, accused deed.

This is more than a tale about the (now-ex) International Monetary Fund chief and the working gal who cried rape. The sordid affair brings into sharp relief the vast cultural, legal and moral differences between a young United States and a cowardly and decayed France. A nation where the word of a poor, black immigrant is inferior to that of a rich, white knucklehead.

But to many in France, attempted rape is something quite different: Free love gone bad.

A joke.

If you want to be revolted by a national mindset proudly on display in the Gallic nation, look no further than this hideous nugget penned by social commentator Sophie de Menthon. A woman.

Frenchmen of all political stripes and social castes, she wrote, have "stood there aghast," confronted with images of DSK, as he's affectionately known, handcuffed and under arrest in New York. She went further.

"It creates feelings and reactions which go far beyond what is, essentially, after all just another minor alleged crime."

Minor. Alleged. Crime.

Good Lord. So sexual abuse is but a small hiccup. Like sticking gum under a subway seat. In this worldview, DSK's guilt or innocence is of little consequence. That's because the sexual assault of a poor, powerless lady is nothing at all. But arresting a rich, powerful man is, by definition, the more egregious offense.

 

Sexiste DSK avait la France dans son pantalon

"A  travers la France, les mains sont aussi baladeuses que celles de DSK. C’est comme si la majorité des Français sont restés comme dans les années cinquante, misogynes, racistes, sexistes, à voir un de leurs big shots, menottes aux poignets pour avoir agressé sexuellement une femme de chambre noire et pauvre. Dans cette nation « Gallic », à écouter une femme comme Sophie de Menthon, c’est un incident mineur qui aurait dû être oublié ou au moins vite pardonné. L’homme qui va sauver le monde, l’Euro, l’Europe peut se permettre ce genre de déviation ! Cette offense n’est qu’un petit hoquet dans l’Histoire de France !"

 

Si je mets ces deux articles en ligne, c’est pour montrer que la liberté d’expression et d’opinion aux Etats-Unis n’a pas de limites ou de contraintes. TOUT est permis et tout écrit est protégé par le « First amendement », le premier amendement qui donne une liberté totale en matière d’écrit, de parole, de religion et d’opinion.

Andrea Peyser appartient à cette race de vautours journalistiques qui sautent sur le moindre effet de braguette et pulvérise par ces paroles souvent dures et ordurières tout ce que l’on aurait pu coller sur le dos du Front National. Une seule de ses phrases, dans la bouche de Marine Le Pen lui vaudrait un procès retentissant. Pourtant les Américains se glosent de telles vitupérations et beaucoup approuvent.

La cible de cette journaliste pour quelque temps sera DSK. Elle a matière à délirer et à tirer à boulets rouges sur tout ce qui est français. Mais elle est reine chez elle et le New York Post est un des quotidiens les plus lus aux Etats-Unis (525 000 exemplaires par jour). Ses articles ont fait grimper les ventes en flèche.

Mais il y a malgré tout un fond de vérité dans ces articles : la démarche intellectuelle des élites françaises et de la majorité des Français n’est pas la même que celle des Américains. Un individu comme Jean-François Kahn qui parle d’un «simple troussage de domestique » est dans un sens aussi outrancier que de traiter les Français comme le fait Peyser. Cette réputation du Français «galant, romantique, charming » est en réalité simplement la traduction d’un homme "qui drague" et s’il réussit à finaliser son acte de séduction, peut ajouter un cran à la crosse de son pistolet sexuel !

 

Tout est dans le contexte : pour les Américains on ne peut plus séparer vie privée et vie publique pour un homme qui pourrait avoir tous les pouvoirs entre ses mains. S’il ment en privé ou agit d’une façon désordonnée dans sa vie privée, qu’en sera-t-il de ses décisions dans sa vie publique ?

En France, on sépare les deux car condamner un incident dans la vie privée serait ternir la réputation du personnage. Ainsi on mettrait au pilori toute l’histoire de France, remplie de ces « incidents mineurs » qui apparaissent encore comme un chapitre anodin de notre histoire. Louis XIV, Napoléon seraient de nos jours crucifiés sur l’autel du puritanisme. Lorsque j’enseignais l’Histoire de France aux étudiants anglo-saxons, ils tentaient de me diriger non pas vers les hauts faits de la gloire de la France, mais plutôt vers des histoires de fesses à l’époque de nos rois et empereurs ! C’était plus amusant de parler de boudoirs que de batailles !

Il semble que ces temps-là ne soient pas révolus !

André Girod


 

 
 
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